Partager l'article ! "Arrêtons de nous considérer comme des passagers clandestins de l'euro": linkSylvie Goulard, députée européenne et responsable de l'Euro ...
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linkSylvie Goulard, députée européenne
et responsable de l'Europe au sein du Shadow cabinet, était l'invitée d'Europe 1 le 17 juillet au micro d'Emmanuel Faux, qui l'a interrogée sur les difficultés des Etats membres à s'entendre sur
la crise de l'euro. Elle a regretté que les gouvernements fassent "passer des considérations nationales avant leurs missions européennes" et a appelé à ne plus se conduire en "passagers
clandestins de l'euro".
Emmanuel Faux : Ne trouvez-vous pas catastrophique cette Europe qui n’arrive pas à se mettre d’accord sur une date de sommet ?
Sylvie Goulard : Oui, mais c’est une crise des agendas des chefs d’Etats et de Gouvernements. Ce ne sont pas les autorités européennes au sens Commission ou Banque Centrale qui posent problème,
ce sont les gouvernements qui sont censés jouer un rôle dans la gestion de l’Union Européenne et qui font passer des considérations nationales avant leurs missions européennes.
Malgré l’urgence du sauvetage de la Grèce ?
Malgré l’urgence du sauvetage de la zone euro dans l’intérêt de tous. C’est cela le plus grave.
On parlait il y a quelques jours du retour du couple franco-allemand comme moteur d’une Europe solidaire, et patatra ! Encore une fois Paris et Berlin ont des visions très différentes de cette
solidarité.
Qu’il y ait des différences entre Paris et Berlin, c’est la vie du couple franco-allemand depuis les origines. Ce qui est vraiment préoccupant c’est qu’effectivement, en ce moment, on a
l’impression que les autorités françaises et allemandes peinent à trouver un moyen de surmonter leurs divergences dans l’intérêt général. Une partie des problèmes actuels est même venue du fait
qu’il y a quelques mois, les Français et les Allemands ont essayé d’imposer aux autres leur propre vision (par exemple, la participation du secteur privé contre l’avis de la Banque Centrale et
sans avoir consulté personne). Donc il n’y a pas malheureusement de moteur franco-allemand qui travaille dans l’intérêt de l’Europe.
Si le sommet de jeudi prochain a bien lieu, il va s’agir de définir les modalités d’un nouveau prêt à Athènes, un deuxième prêt qui pourrait avoisiner dit-on les 110 milliards d’Euros, c’est cela
?
Vous savez, la situation est assez confuse mais c’est effectivement ce qui semble se profiler. Ce que je voudrais dire, c’est que depuis plus d’un an, on a l’impression que des décisions sont
prises ; on ne peut pas dire que la création du fonds de stabilisation en mai 2010, la création d’un fonds permanent, ou plus généralement qu’un certain nombre de gestes importants n’ont pas été
faits. Je crois qu’il ne faut pas non plus accabler l’Europe sans se rendre compte des ordres de grandeur qui sont en cause. A l’inverse, il n’y a pas eu de solutions qui soient authentiquement
européennes et qui confortent les marchés que l’euro va tenir comme monnaie commune. Il y a des apports d’aides ponctuelles soumis à des vetos nationaux, ce qui n’est pas de nature à rassurer.
Et on a l’impression que face à la dette abyssale de la Grèce, les Européens, notamment les pays de la zone euro, n’arrivent pas à trouver de solutions durables, de remèdes solides.
C’est vrai qu’il s’agit de trouver des solutions après des années de désinvolture générale en Europe. Alors c’est vrai que certains vont mieux, la crise concerne un certain nombre de pays qui se
sont surendettés et qui ont des politiques publiques qui ne sont pas correctes. Il y a aussi un vrai problème de réformes structurelles, c’est-à-dire que les pays du Sud ne sont pas suffisamment
compétitifs, leur économie ne produit pas de quoi assurer les achats à l’extérieur, d’où cet endettement qui ne cesse de s’aggraver. Tout cela est la facture d’une décennie de mauvaise gestion,
d’engagement pris par les gouvernements à Bruxelles et qui n’ont pas été respectés dans un certain nombre de pays. Tout le monde s’est considéré comme passager clandestin de l’euro ; on pouvait
bénéficier des avantages sans avoir les contraintes.
Comment peut-on empêcher ce cercle vicieux (accroissement de la dette, plan d’austérité, baisse de la consommation, baisse de la croissance et donc aggravation des déficits nationaux) dans lequel
on est engagé avec la Grèce ?
Il y a une difficulté considérable lorsque vous imposez des mesures d'assainissement des budgets notamment publics dans un laps de temps très court et de manière très brutale. D’un autre côté, je
crois qu’il faut rappeler quelles ont été les augmentations de salaires pendant les dix ans qui ont précédés : les Grecs avaient laissé filer les salaires dans des proportions qui n’avaient rien
à voir avec la productivité, rien à voir avec la moyenne de la zone euro et encore une fois il y a quelque chose à faire du côté des recettes fiscales. Un des graves problèmes de la Grèce, c’est
l’évasion fiscale, c’est le fait que les hauts revenus ne sont pas taxés, et ça c’est un des problèmes qu’ont également les Américains. Quand vous permettez des politiques fiscales qui sont
injustes, lorsque vous ne taxez que les plus modestes, les caisses de l’Etat ne se remplissent pas et vous créez des inégalités qui incitent les gens à s’endetter. Je suis d’accord avec la
proposition de faire participer le secteur privé dans la solution.
La question, c’est qu’en général lorsqu’on l’a fait par le passé avec succès, on ne l’annonçait pas à grands coups de trompettes. On faisait un weekend, une réunion avec des banquiers, des
assureurs, portes closes et le lundi matin, à l’ouverture des marchés on était arrivés à des accords qui impliquent le secteur privé. Le gros problème c’est qu’à l’automne dernier, les Français
et les Allemands ont annoncé qu’à l’avenir, on ferait participer le secteur privé, ce qui n’a pas peu contribué à la dégradation de la situation en Irlande et en Portugal.
L’autre crise financière qui menace cette fois les Etats-Unis et, on a peine à le croire, mais si le Congrès américain ne fait pas ce qu'il faut pour relever le plafond de la dette qui est
inscrit dans la loi, l’Amérique risque d’être déclarée en cessation de paiement le 2 aout. Dans ce compte à rebours qui met aux prises les Démocrates et les Républicains, Barack Obama s’implique
de plus en plus personnellement. Peut-on imaginer sérieusement une faillite des Etats-Unis ?
Ecoutez, là vous avez besoin d’une voyante extra-lucide, pas d’un député européen. Je pense que les Américains ont le sens des responsabilités et qu’ils vont trouver une solution. Comme dans
toutes les négociations, à ce stade, chacun bluffe pour essayer d'avoir le maximum d’avantages de son côté.
Ce qui est très frappant dans ce que dit le Président des Etats-Unis, c’est ce problème de l’équité des efforts. Il ne faut pas dire aux citoyens qu’il n’y a pas des efforts à faire après les
erreurs de gestion absolument dramatiques. Je rappelle que dans notre pays cela fait trente ans que nous votons des budgets qui sont en déficit, et pas parce que nous avons équipé le pays
d’énergies renouvelables ou de choses fabuleuses. Non, nous avons vécu au-dessus de nos moyens, dépensé, en dépenses de fonctionnement, un argent qui devra être remboursé par nos enfants. En
revanche, il faut que l’effort soit juste, suffisamment étalé dans le temps pour ne pas créer la spirale dont vous avez parlé.
Certains dénoncent une indiscipline qui s’est poursuivie depuis la crise de 2008.
En Europe, ce n’est pas évident de créer une supervision européenne puisque les gouvernements ne sont pas toujours d’accord parce que ça les empêchent de faire leurs petites affaires avec leurs
banques et leurs assureurs nationaux.
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